Prospective : l’impact de l’IA sur les ressources humaines et le recrutement 

L’année 2023 a été marquée par l’avènement de l’IA avec l’apparition d’outils pour le grand public tels que ChatGPT, Bard ou encore Dall-E. Quelles sont les conséquences pour le marché du travail, les RH et le recrutement ? Entretien avec Francisco Ramirez, fondateur du cabinet Dynamie et observateur avisé des innovations technologiques.

Quelle est la posture de Dynamie par rapport à la révolution de l’IA ? 
L’IA existe depuis longtemps, mais nous avons effectivement passé un cap majeur lors des derniers mois. Nous estimons que nous sommes à l’aube d’une transformation profonde provoquée par l’émergence de l’intelligence artificielle générative et qui va affecter tous les domaines. La transformation digitale amorcée il y une dizaine d’années a été accélérée pendant le Covid et toutes les entreprises ont dû franchir le pas. Désormais, c’est l’IA qui est en train de s’installer dans nos quotidiens, et il devient vital de former tous les professionnels à ces outils. Les organisations vont moins avoir besoin de recruter, car on peut évaluer que l’IA permet d’augmenter la productivité d’environ 40% pour les postes d’exécutants et de 15% pour les managers.

Ce gain de productivité représente une formidable opportunité pour les entreprises, mais n’y a-t-il pas des risques à moyen terme ?
Si, bien sûr. Une grande partie des postes réservés jusqu’ici aux professionnels juniors risquent en effet de disparaître afin de confier ces tâches à des machines… mais si les jeunes ne peuvent plus se former, nous risquons d’avoir une pénurie de seniors qualifiés à l’avenir.

Quels sont les secteurs et les fonctions les plus impactés par l’émergence de l’IA ?
Cela va impacter tous les services, mais nous pouvons estimer que cela va d’abord avoir des effets sur les métiers de l’IT et du marketing. Plus globalement, cela va affecter en premier tous les métiers dédiés à la création : de code, de textes, d’images, de vidéos, etc.

Dans le domaine des ressources humaines, quel est l’intérêt d’utiliser des outils d’intelligence artificielle ?
L’IA va simplifier la rédaction de contenus tels que les contrats de travail, mais permet surtout d’accéder plus rapidement à des informations clés. Par exemple, analyser les arrêts maladie permet de dégager des tendances afin de mieux anticiper des périodes pendant lesquelles il risque d’y avoir une tension sur la main d’œuvre disponible. Les outils sont encore en test et il est difficile de savoir précisément jusqu’où cela va pouvoir nous aider, mais l’IA va permettre d’identifier des signaux faibles, de nous proposer des données qui n’étaient pas analysées auparavant et potentiellement d’apporter des solutions novatrices pour réduire le turnover ou les burnouts par exemple. 

Et, plus spécifiquement, quels sont les enjeux dans le recrutement ? Est-ce que des machines pourront complètement remplacer les recruteurs à court terme ?
À ce jour, il y a peu d’impact sur le secteur du recrutement car peu d’outils utilisant l’IA ont été développés pour ce domaine spécifique. Il y a des logiciels qui permettent de réaliser une analyse automatique des CV ou de détecter des profils intéressants en croisant plusieurs sources, et à court terme des robots pourront mener des entretiens, mais tout cela n’est utile que pour effectuer un premier filtre : l’intervention humaine reste indispensable pour que le recrutement soit concluant. L’échange est essentiel pour recruter une personne, et les IA n’ont pas d’intelligence émotionnelle. Elles sont donc incapables de savoir si un candidat correspond à l’ADN d’une entreprise, s’ il pourra s’y épanouir ou encore si l’équipe en place va pouvoir s’adapter à sa personnalité.